Lu en Lecture Commune avec Leslivresdenath (Nathalie, influenceuse en cheffe du Club Lecture de la Cambrousse Littéraire).
Résumé :
Paris, 1943. La faim règle les journées, la peur dicte les choix, et la frontière entre résistance et compromission se floute dans les arrière-cours. Servane veut vivre son adolescence et ose enfin s’engager dans un réseau secret. Paul, trafiquant désenchanté, navigue entre les camps, persuadé que tout s’achète, même la liberté. Mais bientôt, Vichy resserre l’étau, les dénonciations font rage. Et l’histoire, implacable, ne pardonne ni les illusions ni les faux-semblants.
Le contexte :
C’est un roman de la rentrée littéraire que j’avais repéré dès juin… mais la Rédemption de Jean-Noël Orengo l’a devancé… Mais comme Nathalie (vous savez l’influenceuse en cheffe du Club de lecture de la Cambrousse Littéraire) voulait le lire également… on s’est dit « et si on faisait une lecture commune ? » … Tiens, et pourquoi pas ?
Est-ce que le sujet étonne quelqu’un, me concernant ?
Mon avis :
Ce roman possède deux parties distinctes mais qui sont plantées dans la même période : Paris sous l’Occupation, avec plus d’attention sur 1943/1944 ; et troisième est plus diffuse puisque ce sont les extraits d’un interrogatoire de la concierge de l’immeuble en 1944, lors de l’Epuration.
Le poème qui ouvre le récit, se poursuit entre les chapitres comme un fil rouge et exprime une complainte envers quelqu’un qui a été abandonné et le sort qu’il a subi.
Servane (1ère partie) nous fait découvrir une jeune fille, orpheline de mère, qui vit avec son beau-père. Ce dernier qui a dû composer avec les « humeurs » de son épouse, a fait du mieux qu’il a pu.
Servane travaille et vivote plus qu’elle ne vit dans ce Paris sous le joug nazi. Il faut jongler entre les tickets de rationnement, le manque de vivres et les longues files d’attentes bien souvent vaines.
Pourtant elle remarque que certaines personnes ne semblent pas tirailler par la faim, et que des échanges illégaux se déroulent « sous le manteau ». On murmure des choses terribles ; la peur et la faim ne sont jamais loin.
Un jour, Servane va croiser une ancienne camarade, Rosa, qui n’était pas son amie mais qui lui propose de transporter des paquets contre de l’argent. Servane tente le coup, elle est forte malgré son allure de moineau et elles sont ensemble. Elle semble persuadée d’aider ceux qui résistent.
Servante est une fille naïve, qui pense qu’un petit acte de résistance est une bonne chose, si cela peut lui permettre de mettre du beurre dans les épinards (en l’occurrence, de la margarine et des topinambours !).
S’ouvre alors la seconde partie, celle de Paul « Grégoire », l’homme « de la Résistance ».
Paul est un homme qui vient d’un milieu modeste, qui a trimé mais qui a une capacité à se fondre, à se renouveler, à dénicher ce qu’il faut aux bonnes personnes. Il trafique et la période de l’Occupation va lui permettre d’acheter, de vendre, de récupérer pour un moindre prix appartements, vivres, objets, etc.
La spoliation des biens juifs ? que nenni, l’acte notarial est en bonne et due forme… établi par le propriétaire, juif, et volontaire ! Il fricote avec les nazis ? Il fait du commerce, pas de politique.
A ce petit jeu, Paul explique sa vie, celle de ses parents, la honte, la faim, l’humiliation et une certaine revanche. Il a acquis un cynisme qui contrebalance ses remords envers la jeune fille qu’il a rencontrée, Servane, celle qui transportait pour lui.
Quand l’Occupation s’effrite, que l’Occupant détale, il faut sauver ses billes sous les bombes des alliés. L’étau des représailles se resserre et il ne reste que peu de liberté pour s’esquiver.
Une zone grise depuis 1940, avec ses petits trafics, ses arrangements entre ennemis, et la volonté d’effacer l’ardoise de ceux qui ont profité, tout ceci provoque des voltes-faces, des vendettas de ceux qui ont collaboré pour laver plus blanc que blanc…
Une zone plus sombre, plus noire, plus dégueulasse s’ouvre et l’Epuration qui suit, n’en a pas fini de faire du bruit.
Un roman aéré (la mise en forme l’est), fluide, agréable à lire avec une seconde partie largement, pour moi, intéressante. Un roman qui peut ouvrir une discussion sur l’Occupation, la Collaboration et l’Epuration sans qu’il soit question que Résistance.
Pourtant je trouve que l’auteure survole son thème pour parler principalement de vengeance d’un beau-père.
Les passages de l’interrogatoire de la concierge n’apportent que peu à l’histoire ou pas assez.
La fin est prévisible très rapidement (dès la première partie) et malgré la jolie histoire mais rien de transcendant, y compris sur le marché noir.
Je trouve que l’absence d’un rebondissement bien salaud est dommageable.


















