Comment louper un Bonnot !! C’est ma seule explication logique à cette sélection !
Mon avis :
Parce qu’un salaud n’est pas forcément né ainsi, Xavier-Marie Bonnot nous entraîne dans le dédale d’un esprit, d’une vie, d’une famille.
Le narrateur nous parle de la sienne et celle d’un certain Charles Morin, qui a souvent croisé proche de sa lignée.
On alterne ainsi les époques, les lieux et fait avancer les pions le plus sûrement du monde.
Partant d’une vielle photographie de son grand-père Emile, prise en 1949 en Indochine à la France des années 2000, on passe de la Première à la Seconde Guerre mondiale… des guerres coloniales… entre Emile et ce fameux Charles, entre Indochine et Légion étrangère, et engagement avec la SS.
Bonnot découpe son récit et en fait une fresque passionnante, foisonnante de vies, de moments historiques dans la petite histoire de personnes, de la perte d’un père qui marque à vie
Du Chemin des Dames à Marseille des années 20/30, de l’Indochine au front de l’Est et aux exactions, d’une guerre à l’autre, de la perte d’un empire à la folie humaine, Charles Morin nous parle de sa vie avec une sincérité brutale. Pourtant l’homme est instruit, intelligent, capable de distinguer le bien et le mal… il parle l’allemand et est très doué pour les mathématiques. Rien ne le prédestinait à prêter allégeance au IIIe Reich, au sein de la Waffen-SS, en tant que français engagé volontairement (LVF).
Ce roman met le lecteur face à lui-même, à la frontière de la complexité humaine, à ce mal qui, diaboliquement, trouble le raisonnement, à ce bien qui, parfois, n’est pas aussi beau qu’on le pensait.
Xavier-Marie Bonnot arrive à rendre particulièrement intime les soubresauts de la vie de ces hommes (et femmes), tout en nous prenant à témoin de ce que nous savons de l’Histoire, des horreurs perpétrées par la Waffen-SS (la 33, ici, la Charlemagne).
Connaissant les arcanes et les rouages du IIIe Reich, je n’ai pas été surprise par les références nazies, collaborationnistes et les petits arrangements avec le diable (qui est souvent bien séduisant).
Ce roman dénonce la quête de ses origines qui peuvent blesser et faire remonter des pans sombres d’un aïeul mais, également et principalement, ce silence sur la collaboration française.
Parce que la mémoire française a retenu la Résistance, l’Empire colonial idéalisé, mais des hommes comme Charles Morin ont existé, ont basculé dans la tuerie de masse, sous couvert de défendre la Patrie, un idéal (biaisé ou pas) ou des valeurs.
Chaque lecteur y verra ce qu’il voudra, aura son niveau de lecture selon sa propre histoire, ses connaissances sur le sujet (ceux qui découvriront la Division Charlemagne, les massacres en Indochine de part et d’autre, la collaboration, la montée des fascismes, etc.)
Pour ma part, ma mémoire française n’a jamais occulté le côté sombre, le côté dégueulasse. J’ai eu de la chance qu’on m’enseigne à ne jamais imaginer que les livres d’Histoire sont paroles d’Evangile… on le sait, l’Histoire est écrite par les vainqueurs, pour le bien d’un pays, d’un continent, d’une époque, de l’Humanité toute entière…
On ne ment pas, on omet des choses çà et là.
Ce n’est pas mentir, ni déformer, c’est oublier des détails (qui n’en sont pas !).
La force d’un être humain est d’être curieux, de chercher, de comparer, d’avoir un esprit critique, d’apprendre, de lire, de recouper et de se faire sa propre opinion.
D’autres apprendront sans se poser de questions, resteront dans leur pré-carré, et ne regarderont le monde d’avec des œillères.
A vous de voir dans quel camp vous déciderez d’appartenir…


















