Sunday, 27 September 2026

La rédemption de Jean-Noël Orengo - retour de lecture

 


Résumé :

A la veille de la Grande guerre, la jeune Colette Jéramec rencontre le meilleur ami de son frère André, un certain Pierre Drieu la Rochelle. Les deux garçons étudient à Science Po, elle se destine à la médecine. Les Jéramec sont issus d'une grande famille juive, les Drieu appartiennent à la petite bourgeoisie déclassée. Pierre et Colette s'aiment, découvrent la littérature et les idées politiques de leur temps, se marient dans la tourmente en 1917, divorcent en 1921, tout en conservant des liens forts de tendresse et d'amitié. Elle va devenir pédiatre, travaillant à l'institut Pasteur ; lui sera écrivain, dont plusieurs de ses livres sont désormais réunis en Pléiade.
Avec la seconde guerre mondiale survient l'Occupation. Pierre y défend un socialisme fasciste, commettant des textes antisémites et collaborationnistes. En 1943, Colette et ses deux enfants sont internés à Drancy, promis à la déportation. Il va les sauver, dans des circonstances jamais élucidées, comme il a sorti des oflags et des stalags nombre d'écrivains, amis ou ennemis.



Le contexte : 

Parce que j’ai lu Drieu de la Rochelle, parce que je ne suis pas d’accord avec ses idées mais que j’aime sa plume et que je connaissais un peu cette histoire d’amour et l’ambiguïté de son comportement.


Mon avis :

Jean-Noël Orengo revient sur le parcours atypique et controversé de Pierre Drieu La Rochelle.


Drieu est avant la Seconde Guerre mondiale ce romancier et essayiste célébré et reconnu, notamment pour Une femme à sa fenêtre, Gilles, Rêveuse bourgeoise, l’homme à cheval, jouer Dantzig sur un match de football ou encore le peu aimé Le Feu follet (tous lus pour ma part). Lui qui a préfacé « L’adieu aux armes » de Hemingway…

Ce livre évoque sa vie de son adolescence à sa vie sous l’Occupation, sa découverte de la sexualité et de ses aversions, son rapport complexe avec son corps et ses rapports tarifés, de ce côté romanesque de l’amour, de sa rencontre avec les artistes qui comptent entre 1910 et 1940, ceux qu’il aime, ceux qu’il déteste (ou qui le détestent), de l’art, de l’ambiance politique, sociale ou intellectuelle. Car Drieu La Rochelle a traversé ses années goûtant à tout, du Dada à ses rapports (et amitiés) avec Tzara, Breton, Malraux, les surréalistes et même ce Louis (Aragon) qui l’aime mais le déteste ; Pierre lui inspirant son Aurélien.


Et puis, derrière Pierre, il y a Pierrot, le jeune homme grand, mince, blond avec un charme ambigu, venant d’une famille modeste, ayant honte d’un père avocat-escroc qui rencontre Colette, la sœur de son ami de Sciences Po, André, issue de la haute-bourgeoise. Ils sont français, d’ascendance juive, mais quelle importance, ma foi… pourtant depuis quelques décennies, l’antisémitisme est là, rampant dans la société française, accentué par l’affaire Dreyfus qui continue de diviser les français.


Pierre et Colette… C’est l’histoire d’un amour de jeunesse, intense, fou mais ambivalent. On se désire mais on se met des barrières, on s’aime mais on se fuit… Quand la Grande Guerre arrive, tout change. Colette est toute à ses études, à son désir de travailler en tant que médecin-biologiste, chercheuse à l’Institut Pasteur ; Pierre qui a vécu des horreurs sur les champs de bataille, qui a perdu son ami André, trouve le monde affreux.


Ils se marient mais ne consomment pas. Elle le soutient financièrement, croyant à ses écrits. Il la fuit physiquement. Etrange amour qui, néanmoins, persiste avec une candeur et des regrets par brassée de douze. 


Les chemins maritaux se séparent mais il reste une amitié, une correspondance, une franchise fraternelle qui étonne et détonne entre une femme et un homme. Un homme qui reste un mystère mais aussi celui vers qui on se tourne, confiante. Pierre n’est pas en reste ; il aime Colette et la soutient. 


Alors oui, la Seconde Guerre mondiale arrive. Drieu a basculé dans une certaine pensée socialiste-fasciste début des années 30, restant fidèle à son idée de fédération des peuples, de l’Europe contre les patries. Il arpente un chemin ardu, répréhensible pour ces anciens amis écrivains et artistes. C’est le salaud de service (Sartre voulait le voir fusillé à la Libération), le honni. L’ami de Otto (Abetz), rencontré au début de cette décennie, et sa visite du nouveau camp (Dachau au printemps 33) le condamne à une idéologie dangereuse.


Orengo ne décide de rien. Il nous livre la vie, les pensées, les actes, les doutes et les avis de Pierre Drieu La Rochelle et celles de Colette Jéramec en parallèle. 


A-t-il dénoncé des juifs ? Il semble que non ; en a-t-il sauvés ? oui.


L’histoire du sauvetage de Colette, arrêtée en 1943 avec ses deux enfants (de son troisième époux, frère de l’animateur Pierre Tchernia), et enfermée à Drancy, arrive dans le dernier quart du livre. Elle ne pense qu’à lui pour l’aider. Lui va intervenir et obtenir leur libération. Elle va bénéficier de sa protection jusqu’à la fin de l’Occupation. 


Est-il possible que lui, le collabo, ambigu avec ses idées fascistes, ait mis sa vie en jeu pour sauver la femme qu’il a aimée, la juive aux yeux de ses amis nazis ? 


Il semble qu’il n’ait pas réfléchi. Il a follement aimé Colette, elle a besoin de lui, il lui est attaché d’une manière étonnante. Il est là pour elle. Point barre.


Drieu qui n’a jamais été sûr de lui, qui a fui sa vie, son corps (et les femmes), les affiliations politiques, le monde littéraire et principalement sa propre existence, compromis, honni par les résistants, qui se suicide en 1945, a sauvé trois vies… Et qui en sauve une, sauve l’Humanité, non ?


Pourtant, Jean-Noël Orengo ne tranche pas et laisse le lecteur se faire sa propre opinion de cette histoire… Une rédemption ? Peut-être. Une volonté de suivre son cœur en s’oubliant soi-même ? Qui sait… 

Un roman qui ne laisse pas indifférent et qui peut épuiser le lecteur tant que le tourbillon des atermoiements de Drieu peut enivrer.


En reste un type atypique, loin d’être anodin, qui fascine par les méandres de sa pensée, ses interdits, ses blocages et ses ambiguïtés de pensée. 




Wednesday, 23 September 2026

Tant de neige et si peu de pain de Béatrice Wilmos - retour de lecture



Influencée par Stéph75005

Résumé :

Deux années de la vie de la poétesse Marina Tsvetaieva, 1919 et 1920, alors qu'en pleine guerre civile, elle est à Moscou avec ses deux filles, son mari combattant dans les armées blanches. Les difficultés matérielles - la Russie connaît alors une grande famine - la contraignent à laisser ses filles dans un orphelinat. La plus jeune, Irina, mal aimée et sans doute atteinte de troubles mentaux, y meurt de faim. Un drame qui pousse Marina Tsvetaeva à revenir sur sa vie passée pour essayer de comprendre comment elle en est arrivée à laisser mourir son enfant dans un orphelinat, alors qu'elle en avait sorti l'aînée, Alia, quelques semaines plus tôt.




Le contexte : 

Je pense que Stéph75005 a entendu mon podcast d’il y a une dizaine d’années sur « moi et la poésie »… car j’y parlé de Marina Tsvetaieva et mes lectures de « Insomnie », « Le Ciel brûle », Les arbres » ou encore le magnifique « Après la Russie »… Comment donc résister à cette proposition !?


Mon avis :

Béatrice Wilmos évoque la vie de Marina Tsvetaeva, poétesse russe, principalement lors de la Grande Guerre lorsqu’elle vit séparée de son époux, seule avec deux enfants. 


Parmi ses filles, elle a une préférence, on le sent vite. Alia est vive, Irina est différente, pleine de troubles comportementaux. Marina regrettera un jour cette inclinaison mais elle doit affronter le climat particulièrement compliqué de cette guerre et des soubresauts politiques russes. 


Ce texte a une poésie, une délicatesse, une douleur sourde, et le romanesque tragique qui sied aux grands destins et aux choix qui n’en sont pas vraiment.


A travers des mots, on sent la puissance de la vie, de celle de Marina à travers ses notes, ses poèmes, ses carnets et les bouleversements de son existence. Il y a de la tristesse insondable, de la flamboyante présence et du lyrisme dans les descriptions des grands espaces, des évènements majeurs de Marina, des coups de la vie.


Ce court roman est empli de poésie, de dureté, de sentiments révoltants ou qui pourraient l’être ; notamment au niveau du traitement entre les deux enfants. 


On découvre une femme, morte en 1941, complexe, fascinante, troublée, dans le tourbillon d’une vie, d’une époque, d’un pays.


J’ai été très émue à la fin du roman et je dois avouer avoir eu le cœur gros de quitter ces lignes.




Wednesday, 16 September 2026

Le diable rit avec nous de Xavier-Marie Bonnot - retour de lecture

 


Résumé :

Tout commence par une photographie retrouvée dans les affaires d’Émile, le grand-père du narrateur : trois légionnaires posent en Indochine, en 1949.
Cette image fissure une mémoire familiale jusque-là intacte. Émile est une figure admirée, un officier respecté, incarnation d’un héroïsme hérité des guerres du siècle.

En cherchant à identifier l’un des hommes de la photographie, le narrateur rencontre Charles Morin, Français engagé volontaire dans la Waffen-SS pendant la Seconde Guerre mondiale. Condamné à mort par contumace à la Libération, il échappe aux procès de l’épuration en s’engageant dans la Légion étrangère, dissimulant son passé en changeant de nom.



Le contexte : 

Comment louper un Bonnot !! C’est ma seule explication logique à cette sélection !


Mon avis :

Parce qu’un salaud n’est pas forcément né ainsi, Xavier-Marie Bonnot nous entraîne dans le dédale d’un esprit, d’une vie, d’une famille. 

Le narrateur nous parle de la sienne et celle d’un certain Charles Morin, qui a souvent croisé proche de sa lignée.

On alterne ainsi les époques, les lieux et fait avancer les pions le plus sûrement du monde.

Partant d’une vielle photographie de son grand-père Emile, prise en 1949 en Indochine à la France des années 2000, on passe de la Première à la Seconde Guerre mondiale… des guerres coloniales… entre Emile et ce fameux Charles, entre Indochine et Légion étrangère, et engagement avec la SS. 

Bonnot découpe son récit et en fait une fresque passionnante, foisonnante de vies, de moments historiques dans la petite histoire de personnes, de la perte d’un père qui marque à vie

Du Chemin des Dames à Marseille des années 20/30, de l’Indochine au front de l’Est et aux exactions, d’une guerre à l’autre, de la perte d’un empire à la folie humaine, Charles Morin nous parle de sa vie avec une sincérité brutale. Pourtant l’homme est instruit, intelligent, capable de distinguer le bien et le mal… il parle l’allemand et est très doué pour les mathématiques. Rien ne le prédestinait à prêter allégeance au IIIe Reich, au sein de la Waffen-SS, en tant que français engagé volontairement (LVF).

Ce roman met le lecteur face à lui-même, à la frontière de la complexité humaine, à ce mal qui, diaboliquement, trouble le raisonnement, à ce bien qui, parfois, n’est pas aussi beau qu’on le pensait.

Xavier-Marie Bonnot arrive à rendre particulièrement intime les soubresauts de la vie de ces hommes (et femmes), tout en nous prenant à témoin de ce que nous savons de l’Histoire, des horreurs perpétrées par la Waffen-SS (la 33, ici, la Charlemagne).

Connaissant les arcanes et les rouages du IIIe Reich, je n’ai pas été surprise par les références nazies, collaborationnistes et les petits arrangements avec le diable (qui est souvent bien séduisant).

Ce roman dénonce la quête de ses origines qui peuvent blesser et faire remonter des pans sombres d’un aïeul mais, également et principalement, ce silence sur la collaboration française.

Parce que la mémoire française a retenu la Résistance, l’Empire colonial idéalisé, mais des hommes comme Charles Morin ont existé, ont basculé dans la tuerie de masse, sous couvert de défendre la Patrie, un idéal (biaisé ou pas) ou des valeurs.

Chaque lecteur y verra ce qu’il voudra, aura son niveau de lecture selon sa propre histoire, ses connaissances sur le sujet (ceux qui découvriront la Division Charlemagne, les massacres en Indochine de part et d’autre, la collaboration, la montée des fascismes, etc.)

Pour ma part, ma mémoire française n’a jamais occulté le côté sombre, le côté dégueulasse. J’ai eu de la chance qu’on m’enseigne à ne jamais imaginer que les livres d’Histoire sont paroles d’Evangile… on le sait, l’Histoire est écrite par les vainqueurs, pour le bien d’un pays, d’un continent, d’une époque, de l’Humanité toute entière… 

On ne ment pas, on omet des choses çà et là. 

Ce n’est pas mentir, ni déformer, c’est oublier des détails (qui n’en sont pas !).

La force d’un être humain est d’être curieux, de chercher, de comparer, d’avoir un esprit critique, d’apprendre, de lire, de recouper et de se faire sa propre opinion.

D’autres apprendront sans se poser de questions, resteront dans leur pré-carré, et ne regarderont le monde d’avec des œillères.

A vous de voir dans quel camp vous déciderez d’appartenir… 


 

Saturday, 12 September 2026

En mémoire de la mémoire de Maria Stepanova - retour de lecture



Influencée par Liliane

Résumé :

À la mort de sa tante, Maria Stepanova tombe sur des photographies, des lettres, des journaux intimes. Ces vestiges d’un siècle de vie en Russie déclenchent chez elle un irrésistible besoin de retracer l’histoire des siens et celle de l’Europe depuis la fin du XIXe siècle, et de révéler les mensonges et les faux-fuyants. Mais comment faire émerger la vérité et retranscrire ce passé familial au sein de la grande histoire ? 



Le contexte : 

Photographie, Russie… mais comment vous faites pour savoir que je suis une grande passionnée de ces deux sujets !? On se demande bien ? ha ha ha !


Mon avis :

Ce roman (qui n’en est pas vraiment un !) parle de mémoire, de famille, de méfiance, d’intime, d’histoires et de traumatismes hérités ou choisis par chaque protagoniste.

Maria Stepanova a longuement pensé à ce texte dont la source plonge dans les anecdotes de feu sa mère.

Le point de départ est la mort de la tante Galia, chez elle, peu encline à faire confiance à la médecine de l’Etat… l’état… la Russie… 

Petit à petit, l’arc narratif nous parle de l’appartement, de vieilles photos, des livres, des archives papiers, des œuvres d’art, d’artistes croisés, de villes (Vienne, Berlin, Paris, mais aussi de villes russes et ukrainiennes), de cimetières… juifs… 

Parce que oui, la famille est juive…et dans ce portrait de familles, on assiste à tout un pan du XXe siècle… on suit telle personne sur les barricades de 1905, la Grande Guerre, l’arrière-grand-mère faisant ses études de médecine à Paris…

A travers des échanges épistolaires retranscrits, on assiste à la traversée d’un siècle, avec la discrétion la plus flamboyante mais feutrée… 

De la Seconde Guerre mondiale et ses nouvelles du front, à celles écrits pendant des travaux liés au secteur spatial, on sent, on vibre, et on hume la Russie, l’Union soviétique, la formalisation généralisée, le lissage mais avec une mémoire transmise, orale et écrite qui traverse les codes, les lois, et les règles strictes. 

Marie Stepanova nous entraîne à travers un amoncellement de choses, de livres, d’œuvres, d’artistes. On parle de Mandelstam, de Proust, de Woodman, de Salomon, de Nabokov, Rimbaud, Rembrandt, et consorts. On se perd dans l’histoire russe, on essaie d’assembler les morceaux et de trouver dans cet inventaire incroyable et fourmillant, un fil conducteur… celui d’une lignée.

En mémoire de la mémoire n’est pas un roman, c’est un essai, un document de transmission, sans fin mais avec une image finale qui vous explique que rien ne reste intact, tout change mais tout est immuable. 

Ce livre dense, intelligent, cultivé et très imagé qui grouille de choses, de gens, de bruits, de silences, d’évènements, de réflexions personnelles ou universelles, est un condensé d’une famille aux multiples facettes, jetée dans les méandres de l’Histoire. 

Une mémoire somme toute rusée car qui peut prétendre que tout est véridique ? tout est bien retranscrit ? ou que cela a été biaisé çà et là ? 



Thursday, 10 September 2026

La Playlist du... mois - petite nouveauté

 


 

Bonjour,

C'est la rentrée y compris la mienne à la radio.

Cette année, petite nouveauté : la Playlist du mois.

Je vais essayer de trouver des chansons pour chaque mois, afin de vous réjouir, vous remonter le moral, vous faire procrastiner, vous soutenir dans les moments sportifs ou avant d'aller au travail le matin (mieux qu'un double café ?).

Voici celle de septembre, également accessible dans la catégorie podcast sur Liberté FM!

 

xx

Lisa

 

Thursday, 3 September 2026

Les monades urbaines de Robert Silverberg - retour de lecture


 

Résumé :

En l’an 2381, la Terre porte soixante-dix milliards d’êtres humains dont la devise est : Croissez et multipliez. Ils habitent des tours de mille étages, les monades urbaines, et jouissent d’une totale liberté sexuelle. Ils ne quittent jamais leurs villes verticales et explorent rarement un autre étage que le leur. Ils vivent l’utopie, la promiscuité, le bonheur.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné. Qui est incurable est exécuté.
Micael, l’électronicien, rêve pourtant de la Terre du passé, de l’océan, de la nature, qu’il a découverts à travers un film vieux d’un siècle. Il fuit.
Et Jason, l’historien, armé par son savoir contre tous les tabous anciens, redécouvre de son côté un sentiment proscrit, la jalousie.




Le contexte

Je ne sais plus qui m’en a parlé lors d’un dîner en ville mais le côté SF a retenu mon attention… sans compter sur ce côté un peu suranné en pleine Terre futuriste !


Mon avis :

Robert Silverberg, en quelques paragraphes, vous livre un monde vertical, un monde de lois, futuriste, pro-natalité, un monde de contraintes mais largement acceptées. La force de ce roman réside dans sa présentation sociétale qui plonge le lecteur dans ce monde…

Il faut dire que cette population vivant dans des tours de plusieurs kilomètres (moi qui est le vertige au-delà de 3 étages… j’ai un peu tangué !) pour éviter la surpopulation sur terre.. oui, oui, gagnons les nuages pour être de plus en plus nombreux !… vous me direz que c’est une fausse bonne idée… la masse est la même, non ? 

Pourtant l’auteur note plus la difficulté de cohabiter, de supporter l’autre, et la promiscuité entre êtres humains… la solution ? Une liberté des moeurs, une politique de natalité encouragée et le tout sous un couvercle bien encadré par l’organisation de gestion. Oui, on ne va pas non plus relancer Sodome et Gomorrhe !

Au gré des « nouvelles » qui suivent quelques personnages, on s’aperçoit que ce mode de vie aseptisé et libertaire, jusqu’à un certain point, les interroge. Ils s’aperçoivent que certains sont heureux de leur sort mais eux pensent à un lavage de cerveau et veulent se rebeller… évidemment, les anormaux au système ne sont pas bien vus et sont éliminés afin de garder l’harmonie et la mélodie du bonheur dans ces Monades…

Il est clair que Silverberg parle de totalitarisme dans ce roman d’anticipation (nous sommes en 2381) et qu’il parle des humains, de l’emprise, du « pain et des jeux » éternel motto des dictateurs en tous genres !.

J’ai trouvé cette anticipation assez singulière. Elle exprime bien qu’aucune société n’est idéale… quand on résout un problème, on planque l’autre sous le tapis… et cette société qui subit mais qui semble s’en contenter, fait froid dans le dos. 

Sous prétexte de vivre tranquille, avec un semblant de liberté « parfaite », de bonheur, de ne plus ressentir la faim, la peur, l’envie, la jalousie, fait apparaître que cette société est un état totalitaire et que cette complaisance en fait des innocents prêts à être sacrifiés !



Friday, 28 August 2026

Hurlements d'Alma Katsu - retour de lecture

Influencée par Lila

Résumé :

L'histoire vraie de l'expédition Donner revisitée. Un true crime historique glaçant. Juin 1846 : épris de la fièvre de l'Ouest, 87 pionniers américains partent à l'aventure rejoindre la Californie. A leur arrivée, ils ne sont que 47. Quelles horreurs ont-ils pu bien rencontrer en chemin ? Juin 1846. Un convoi de pionniers traverse l'Utah en direction de la Californie, malgré les nombreuses mises en garde sur les dangers d'un tel périple.
A sa tête, George Donner et James Reed, représentants des familles les plus éminentes du groupe, se disputent la gestion des ressources et du bétail. Tandis que le convoi s'enfonce dans un territoire de plus en plus sauvage, les personnalités s'affirment, les alliances se créent et le passé que les uns et les autres ont cherché à fuir ne cesse de revenir les hanter. Une nuit, un des enfants du convoi disparaît.
On ne retrouve de lui que ses ossements, parfaitement nettoyés. Est-ce l'œuvre des Indiens ? Une meute de loups est-elle sur leurs traces ? A moins que cette mort brutale soit l'œuvre de l'un d'entre eux... Dans ce cas, comment expliquer cette sensation d'être observés constamment, et les murmures qu'ils entendent sur leur passage ? A mesure que les réserves s'amenuisent, la tension monte au sein du convoi.
C'est alors qu'une deuxième attaque a lieu. Pour les pionniers, il est désormais impossible de nier que quelque chose est bien à leurs trousses. Et que cette chose a visiblement encore plus faim qu'eux. 




Le contexte

Lila m’a dit « J’ai été bouleversée ! » … 

Quand on sait qu’elle n’est pas le genre de fille à se faire remuer en lisant… 

Mon avis :


Le titre anglais vous donne le ton immédiatement (j’aime regarder le titre original et le traduction « mot à mot »)… La faim… cela vous explique que « hurlements » n’est pas à proprement parler un peu éloigné de la volonté de l’auteure de vous glacer le sang…

Nous suivons un faits divers réel qui s’est déroulé aux USA, et bien documenté outre-atlantique. Alma Katsu a pris de larges libertés pour le bien de son histoire (ses histoires).

L’expédition Donner est un convoi parti avec 87 pionniers en route vers la Californie (et les rêves qui allaient avec !). A leur arrivée, ils étaient 47.

De ce contexte, l’auteure tire un roman thriller, fantastique et un brin horrifique qui oscille entre intime, collectif et la réalité brutalement tragique de ces pionniers. 

Entre parcours personnels, retours sur le passé, secrets enfouis et petits arrangements entre les familles, Hurlements revient sur la vie de quelques personnages qui font avancer l’histoire, révèle des informations ou des situations importantes et nous bouleverse par l’espoir souvent déçu de ces pionniers (et pionnières).

Leur route est parsemée de doutes, de manque de nourriture, d’accidents, de la nature plus forte que tout, et au milieu de tout cela, un enfant est retrouvé horriblement massacré. Cela atteint tout le monde mais le convoi part, sur une route déjà ouverte, avec des escales dans des Forts, et avec l’assurance d’une aide extérieure.

Pourtant, rien ne va se passer comme prévu. Le voyage commence mais le combat contre la mort, les esprits, un tueur sanguinaire sur les talons et ces immensités sans repère, sous une chaleur ou une pluie terrible.

Petit à petit, les histoires ou secrets personnelles, d’erreurs en jugements obligatoires, de remords en regrets, de déceptions en espoirs, on chemine à leurs côtés, espérant pour les uns, maudissant les autres, maugréant souvent au gré des attaques et des évènements qui tordent les entrailles.

La fin a été pleine d’émotions ; je pense avoir juré comme un charretier !

Un thriller made in western qui vous hante pendant quelques temps !



Le blog d'une ItemLiz Girl

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