Influencée par Nathalie lors du Live du 30 avril
Résumé :
Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Elisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C’est à peu près tout. Les enfants d’Elisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n’en parlent pas à leurs enfants qui n’en parlent pas à leurs petits-enfants. “C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c’était un non-sujet.”
Le contexte :
Quand Nathalie en a parlé avec émotion, je l’ai noté immédiatement… et elle a levé le doute que j’avais sur le côté roman… non, c’est une plongée dans la généalogie, l’histoire d’une famille, d’une femme… une enquête familiale…
Mon avis :
Il faut rendre à Nathalie… car lors d’un Live du Club de Lecture de la Cambrousse Littéraire, cette « influenceuse en cheffe », nous a parlé avec des trémolos de ce roman « qui n’en ai pas un ».
C’est l’histoire d’une jeune femme qui va mener son enquête sur son arrière-grand-mère, Elisabeth, entourée de silence depuis le diagnostic de sa schizophrénie dans les années 50. Ce qu’on tait, peut tuer ou angoisser des décennies plus tard.
Malgré les récits familiaux (à la limite de la légende urbaine), la narratrice offre une voix à cette femme et déploie la carte familiale. D’archives en entretiens, elle évoque tour à tour les violences de la psychiatrie imposées aux femmes du XXe siècle, du poids des secrets, non-dits et autres hérédités subis. Elle parle pour refuser le silence.
La force de cet ouvrage est qu’elle donne aux lecteurs la possibilité de se glisser dans les correspondances, les discussions, les révélations, les oublis volontaires et les découvertes, comme s’ils menaient l’enquête à ses côtés, révélant quelques interrogations propres sur leurs familles et les « silences ».
Ici, on parle beaucoup aussi de cette injonction révoltante de nos jours : la maladie mentale comme justification à toutes les colères, les rebellions des femmes. C’est un fait et plus personne ne le conteste désormais, pourtant pendant des décennies, les « humeurs » d’une femme la menaient au mieux vers un traitement médicamenteux au sein de sa maison, au pire dans un asile, sujette aux expérimentations douloureuses (et indignes), privations, coups et au final d’inanition.
C’est un livre prenant, ruant les tripes et les zones d’ombre familiales, face à une époque où les femmes (et certains hommes) étaient cantonnées dans des rôles, dans des cases, et si, par malheur, vous en sortiez, c’était pour tomber dans la maltraitance, la fausse (ou imposée) folie, dans le placard familial, l’oubli… au « mieux » la mort (plus douce que des années d’agonie sociale et familiale).
Cet ouvrage se lit, grâce à la plume, la mise en forme (intelligente) et le travail effectué par l’écrivaine, comme une saga familiale du XXe siècle avec les pans d’ombre et le peu de lumière qui reste quand on referme le couvercle sur un « problème » humain.
Merci donc à Nathalie pour son influence car passer à côté de ce livre eut été une erreur littéraire.


















