Résumé :
Le contexte :
Parce que j’ai lu Drieu de la Rochelle, parce que je ne suis pas d’accord avec ses idées mais que j’aime sa plume et que je connaissais un peu cette histoire d’amour et l’ambiguïté de son comportement.
Mon avis :
Jean-Noël Orengo revient sur le parcours atypique et controversé de Pierre Drieu La Rochelle.
Et puis, derrière Pierre, il y a Pierrot, le jeune homme grand, mince, blond avec un charme ambigu, venant d’une famille modeste, ayant honte d’un père avocat-escroc qui rencontre Colette, la sœur de son ami de Sciences Po, André, issue de la haute-bourgeoise. Ils sont français, d’ascendance juive, mais quelle importance, ma foi… pourtant depuis quelques décennies, l’antisémitisme est là, rampant dans la société française, accentué par l’affaire Dreyfus qui continue de diviser les français.
Pierre et Colette… C’est l’histoire d’un amour de jeunesse, intense, fou mais ambivalent. On se désire mais on se met des barrières, on s’aime mais on se fuit… Quand la Grande Guerre arrive, tout change. Colette est toute à ses études, à son désir de travailler en tant que médecin-biologiste, chercheuse à l’Institut Pasteur ; Pierre qui a vécu des horreurs sur les champs de bataille, qui a perdu son ami André, trouve le monde affreux.
Ils se marient mais ne consomment pas. Elle le soutient financièrement, croyant à ses écrits. Il la fuit physiquement. Etrange amour qui, néanmoins, persiste avec une candeur et des regrets par brassée de douze.
Les chemins maritaux se séparent mais il reste une amitié, une correspondance, une franchise fraternelle qui étonne et détonne entre une femme et un homme. Un homme qui reste un mystère mais aussi celui vers qui on se tourne, confiante. Pierre n’est pas en reste ; il aime Colette et la soutient.
Alors oui, la Seconde Guerre mondiale arrive. Drieu a basculé dans une certaine pensée socialiste-fasciste début des années 30, restant fidèle à son idée de fédération des peuples, de l’Europe contre les patries. Il arpente un chemin ardu, répréhensible pour ces anciens amis écrivains et artistes. C’est le salaud de service (Sartre voulait le voir fusillé à la Libération), le honni. L’ami de Otto (Abetz), rencontré au début de cette décennie, et sa visite du nouveau camp (Dachau au printemps 33) le condamne à une idéologie dangereuse.
Orengo ne décide de rien. Il nous livre la vie, les pensées, les actes, les doutes et les avis de Pierre Drieu La Rochelle et celles de Colette Jéramec en parallèle.
A-t-il dénoncé des juifs ? Il semble que non ; en a-t-il sauvés ? oui.
L’histoire du sauvetage de Colette, arrêtée en 1943 avec ses deux enfants (de son troisième époux, frère de l’animateur Pierre Tchernia), et enfermée à Drancy, arrive dans le dernier quart du livre. Elle ne pense qu’à lui pour l’aider. Lui va intervenir et obtenir leur libération. Elle va bénéficier de sa protection jusqu’à la fin de l’Occupation.
Est-il possible que lui, le collabo, ambigu avec ses idées fascistes, ait mis sa vie en jeu pour sauver la femme qu’il a aimée, la juive aux yeux de ses amis nazis ?
Il semble qu’il n’ait pas réfléchi. Il a follement aimé Colette, elle a besoin de lui, il lui est attaché d’une manière étonnante. Il est là pour elle. Point barre.
Drieu qui n’a jamais été sûr de lui, qui a fui sa vie, son corps (et les femmes), les affiliations politiques, le monde littéraire et principalement sa propre existence, compromis, honni par les résistants, qui se suicide en 1945, a sauvé trois vies… Et qui en sauve une, sauve l’Humanité, non ?
Pourtant, Jean-Noël Orengo ne tranche pas et laisse le lecteur se faire sa propre opinion de cette histoire… Une rédemption ? Peut-être. Une volonté de suivre son cœur en s’oubliant soi-même ? Qui sait…
Un roman qui ne laisse pas indifférent et qui peut épuiser le lecteur tant que le tourbillon des atermoiements de Drieu peut enivrer.
En reste un type atypique, loin d’être anodin, qui fascine par les méandres de sa pensée, ses interdits, ses blocages et ses ambiguïtés de pensée.


















