Tuesday, March 19, 2019

[Lecture] "Article 36" de Henri Vernet .... A vos rangs, fixe !


Livre envoyé gracieusement par JC Lattès


Le résumé de l’éditeur :

13 janvier 2020 à l’aube. Les chars Leclerc pénètrent dans Paris. À Marseille, des unités d’infanterie et des blindés légers quadrillent les quartiers nord en liaison avec la police et la gendarmerie.
Sur toutes les ondes et l’intégralité des réseaux sociaux, le président de la République décrète la mise en œuvre de l’article 36 de la Constitution : l’état de siège est proclamé sur tout le territoire. Les militaires prennent le contrôle du pays. Tout ce qui relève de la sécurité nationale relève désormais des généraux, qui ont la haute main sur les forces de l’ordre et mettent en place des tribunaux militaires. Le cours normal de la vie publique est aussitôt suspendu. Médias, syndicats, mondes enseignant et étudiant, corps intermédiaires civils et politiques, etc., sont comme gelés.
L’article 36, un dispositif oublié, hérité des régimes troublés du XIXe  siècle, qui n’a jamais été mis en œuvre depuis la deuxième guerre mondiale… mais que tous les pouvoirs successifs ont tenu à garder dans notre Constitution en songeant qu’ils pourraient peut-être en avoir besoin un jour. Si le Président s’y est résolu, faisant appel au général Maxime Gerfaut qui vient de s’illustrer par une action humanitaire d’éclat en Syrie, c’est que le pays, frappé par une nouvelle vague d’attentats monstrueux, est en proie à de graves émeutes en  banlieue et à des tentatives de sédition de groupes extrémistes.  
Mais après un bref rétablissement de l’ordre républicain, la situation va vite échapper à tout contrôle politique. Le général Gerfaut veut aller plus loin… Le pays se coupe en deux, une partie de la population applaudit l’autre se révolte.
 
Pure fiction ? Oui bien sûr, ce livre est un thriller politique, pas un essai ni un document « vécu  ». Mais il est le fruit d’une enquête patiente et rigoureuse, nourrie de témoignages et d’entretiens avec des responsables clés des armées, des services de renseignement, de la police et de la gendarmerie ; avec des juristes, des constitutionnalistes, des spécialistes de l’opinion publique, des femmes et des hommes politiques… Ce qui est raconté et décrit dans l’ouvrage est imaginaire, mais tout pourrait parfaitement arriver, et nous montrons comment. C’est tout l’enjeu de cette fiction «  vraie  ».

Le contexte de lecture :

Ayant reçu le communiqué de presse et, pour savoir ce que prévoit l’article 36 (oui, oui, on l’apprenait à l’école, à mon époque !), j’étais curieuse de lire un roman qui anticipe une situation actuelle et qui ose, donc, mettre au pas le peuple français ; le peuple le plus complexe et rebelle du monde. Oui, car, les français ont décapité un roi pour mettre à la tête du pays, quelques années plus tard, un général élevé en empereur… cherchez donc l’erreur (ou l’humour français !)…

J’ai donc demandé un SP à JC Lattès qui a eu la gentillesse de me l’envoyer ! Merci, donc !


Le corps du roman : 

Le roman démarre sur les chapeaux de roues (version commando) et continue crescendo. Entre militaires et civils, entre real politik et arcanes du pouvoir, entre technocrates et banlieues, Henri Vernet, auteur et journaliste, nous plonge dans une situation française qui se relève d’attentats en chaîne et guerres internes dans certaines villes, et même villages. 

On suit donc le parcours de la garde rapproché du tout nouveau président de la république, entre éminence grise, attachée de presse, gardes du corps, ministres (au bord de la crise de nerf… ou pas), etc., et du nouveau chouchou du public, un très anticonformiste général.

Cela tombe bien, justement, puisque la situation s’envenime, les banlieues s’enflamment, les lance-roquettes fleurissent comme des pâquerettes au printemps, la police s’use, les gendarmes s’en prennent de tous les côtés, les citoyens désespèrent, et, cerise sur le gâteau, des rebelles franco-français (franchouillards) se la jouent justiciers du dimanche.

Le président décide donc, en catimini, mais en cherchant le soutien moral de cercles d’influences, les cerveaux de la république, et autres théoriciens, à appliquer l’Article 36 de notre constitution… qui stipule (constitution du 4 octobre 1958, pour les non-initiés) :

 « L'état de siège est décrété en Conseil des ministres. Sa prorogation au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par le Parlement. »

Autant dire que le PR met la France sous le joug de l’Armée, en confiant la mission à un général détonnant parmi les militaires, sous son autorité directe… mais la France étant ce qu’elle est… comment voulez-vous que cela tourne carré (ou rond) ?

http://m.editions-jclattes.fr/article-36-9782709663175



Et, donc, Lisa ?

Personnellement, et je le dis tout de suite, le côté scolaire, très technique, pourrait rebuter certains lecteurs, mais je le dis, il faut le lire.

Le roman offre une France proche (2020, demain, donc !), dans une situation qui rappelle beaucoup (comme l’auteur le souligne en introduction) celle que nous vivons… et là, cette histoire pose la question de comment réagir, sécuriser les habitants, endiguer le flux des exactions ? 

L’article 36 existe bel et bien. Il a été voulu par les institutions et n’a jamais été utilisé sur le sol français, hors Seconde Guerre mondiale. Mais il est là, tapi, dans un coin de la Constitution, prêt à être employé pour museler le pays, pour son bien.

Justement, le bien est le point central du roman qui offre une problématique à réflexion : l’Armée est la garante de notre sécurité nationale et internationale mais si les politiques (qui sont les réels chefs) s’avèrent moins vertueux que ceux qui ont rédigé la Constitution, cela peut tourner à une dictature, un pays asservi et à créer plus de scission.

Henri Vernet propose une histoire où le lecteur regarde, observe et appréhende les arcanes du pouvoir, les luttes d’intérêts, les crises intestines entre ministères, entre corps de métiers et avec un certain malaise. 

Aux détours de certaines lignes, on se dit que tout cela va exploser, que cela pourrait être, que personne n’est garant d’un système juste, qui est fait pour le bien de tous. 

L’éventail des interactions venant du Château, les manœuvres militaires en salon, et la réalité du terrain sont diverses et diamétralement opposés… ce qui fait que ce roman se lit comme un thriller contemporain, comme une prophétie. 

Un peu dans la veine d’un épisode du « Bureau des Légendes » dans une version sécurité intérieure.

Sans être révolutionnaire (sans jeu de mots), ce roman a le (grand) mérite de mettre en lumière cet article qui demeure le seul rempart pour une démocratie ; aussi paradoxal que cela puisse paraître….

Bref, si vous lisez ce roman, je serais intéressée d’avoir votre avis sur le ressenti d’une telle action…

http://m.editions-jclattes.fr/article-36-9782709663175


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Titre Article 36
Parution : 27 février 2019
ISBN : 2709663171
Nombres de pages : 280
Prix (à la sortie) : 20€uros






Sunday, March 17, 2019

[Lecture] Chronique littéraire "Secrets" de Marcel Beyer... un secret de famille...



Livre envoyé gracieusement par les Éditions Métailié.





Le résumé de l’éditeur :


Dans cette famille « silencieuse et dispersée » il manque pas mal de pièces. Carl, Nora, Paulina et leur cousin, le narrateur, n’ont jamais connu leurs grands-parents. Tandis que d’autres découvrent le passé dans les albums de famille, les quatre adolescents ne tombent que sur des photos découpées, des non-dits, des mensonges.

Ce qui est soigneusement tenu secret dans la famille, et que les parents ne veulent surtout pas connaître, c’est l’histoire du grand-père pendant le Troisième Reich, qui abandonne sa fiancée pour s’engager dans la légion Condor et bombarder Guernica. Qui est cette « vieille », avec qui il s’est remarié et qui fait tout pour effacer son passé ? Et qu’est donc devenue cette grand-mère soprano aux beaux yeux italiens ?

Sur les collines de la ville, où flottent de mystérieuses spores, le jeu innocent tourne à l’obsession et finit par éloigner le narrateur de ses cousins. Fiction et réalité se mélangent, peut-être qu’il vaudrait mieux tout oublier. Mais comment oublier ce qu’on ne connaît pas ?


« Un des meilleurs romanciers européens du moment. » New York Times



Le contexte de lecture : 


Que dire de plus ? que  le thème me sied au teint (et à la lecture) ?


Je ne vais pas vous rappeler mon grand intérêt pour cette période d’Histoire et notamment en Allemagne. 


J’avais lu le communiqué de presse et j’ai trouvé que cette approche devait être parfaitement intéressante… pour moi ! 


Merci donc aux Éditions Métailié pour ce (nouvel) SP !




Le corps du roman : 


Dès le début du roman, on sent bien que l’auteur nous emmène sur un secret liant tous les protagonistes. Car malgré que le narrateur s’élève, c’est toute sa famille qui rôde ici ou là. 


Marcel Beyer évoque le sujet, toujours sensible, du  rôle des grands-parents (ou parents) sous le IIIe Reich. 


Le sujet, ici traité avec sensibilité, est le culte du secret, quel qu’il soit. La vérité se cache, approche doucement, par un album photo, par un souvenir, mais surtout par une forme de regards communs aux quatre cousins.


Ces yeux « italiens » sont la marque de fabrique de ces petits-enfants ; Carl, Nora, Paulina et le narrateur n’ont jamais connu leurs grands-parents. Lorsqu’il déniche cet album photo mettant en scène ce jeune homme en costume de ville ou uniforme, ils reconnaissent ce grand-père qu’ils ne voient jamais, à cause de la « vieille », sa seconde épouse. 


Le silence imposé dans cette famille est d’autant plus lourd que l’on ressent le malaise, on comprend que cela va éloigner les cousins, pourtant si solidaires, et que l’obsession sur le passé de ce grand-père nous titille autant qu’eux.



Car quand tout un pan du passé, de l’Histoire d’un pays et d’une famille, s’efface volontairement pour essayer d’oublier des actes impossibles à affronter, les générations suivantes en paient le prix.

De photos déchirées ou tronquées en pièces d’un puzzle manquantes, personne ne veut reconstituer ou évoquer l’absente, le moment, le lieu. 


Ce roman choral demande une attention spéciale, plus spécifique, car l’auteur soulève un coin du rideau sur les non-dits, les secrets destructeurs qui ont hanté toute une génération d’après-guerre, élevée dans le silence, et la suivante (la mienne) qui a cherché et cherche à recoller les photos, à comprendre, à ne pas avoir honte.



Et, donc, Lisa ?


L’écriture délicate de Marcel Beyer nous ouvre l’histoire d’une vie, d’une famille à travers son secret et sa souffrance sur la génération qui ignore jusqu’au nom de sa grand-mère, la femme rayée des albums familiaux, de la parole, de la mémoire.


La puissance du récit permet au lecteur d’imaginer tout.


Pourtant, si vous êtes habitué(e) à une écriture plus contemporaine, plus à l’américaine, la construction et la façon de conter de Marcel Beyer, très classique, très allemande, va sûrement vous décontenancer. 


De prime abord, la reconstitution racontée sous différentes perspectives, agrémentée de flash-back sur de longues périodes, laisse une impression de flou, d’interrogations, de suppositions que les cousins sont les premiers à alimenter. 


Néanmoins ce tourbillon dans la narration conforte la confusion qui a régné dans les générations allemandes après-guerre à propos des actions de leurs aïeux lors dudit conflit et pose le problème du poids de la mémoire, de l’héritage émotionnel, et l’impossibilité de se construire réellement avec un secret. 


Remuer le passé est douloureux et les cousins héritent de cette mission délicate. 


Je sais que certains lecteurs seront, malgré le thème très intéressant, découragés par ces alternatives versions s’enchaînant sans de schéma précis.


Pour ma part, j’ai immédiatement adhéré car ce thème m’a toujours passionné et a des répercussions avec mes propres ouvrages du triptyque et j’ai aimé ma lecture et apprécié les mots puissants de Marcel Beyer !



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Titre Secrets

Éditions Métailié

Parution : 13 septembre 2018

ISBN : 9791022608060 

Nombres de pages : 280

Prix (à la sortie) : 21€