Friday, September 21, 2012

Pour mes grands-parents...


Il y a des jours comme cela où, soudain, au détour d’un instant, d’une parole, quelqu’un vous manque.

Je ne parle pas des êtres qui partagent votre vie au moment M et qui sont au Super U, au stade, au cinéma, au bureau ou même dans la cuisine.

Je parle de ceux que l’on a perdus en route.

Pour ma part, malgré mes sourires et ma (« relative et superficielle » comme dirait ma meilleure amie) joie de vivre, il y a un énorme trou dans ma poitrine.

1986-2007. J’ai perdu les êtres les plus importants de ma vie dans ce laps de temps.

   Quand on a seize ans et qu’on se réveille le matin, on ne peut pas imaginer que le soir, on va voir sa vie basculer vers le monde adulte sans préavis. Et le pire c’est que cela va continuer comme cela pendant presque vingt ans !

Quelque fois que je me dis que j’ai eu une chance folle de connaître ces quatre personnes-là. Qu’elles étaient des références, des piliers, des murs sur lesquels il faisait bon de s’appuyer ou de s’abriter.

Mais, lorsqu’on grandit (qui a dit vieillit ?), on s’aperçoit que rien n’est éternel et que tout le monde meure (bravo l’auteur ! belle banalité)…

On continue à avancer (banalité) et on continue de sourire, extérieurement s’entend. Car à l’intérieur, rien ne va plus. On se sent comme usé, cassé et un peu en sursis.

La banalité de la vie reprend facilement ; On rit, pleure, danse, hurle, travaille, continue à errer, à aimer, à détester et même à encaisser d’autres évènements dramatiques, mais là, au fond du cœur, dans un repli, dans une poche bien cachée, on se dit que ces personnes subsistent et restent comme une maison, un lien, un repaire.

Et même s’ils ne sont plus là, ils prolongent leur confiance en moi ; Ils persistent à me donner ce qu’il me manque le plus dans la vie : leur amour.

Alors, même si de temps en temps, ils me manquent terriblement et que j’en viendrais à ne pas sortir de la maison tellement c’est insupportable de marcher sans eux à mes côtés, je me dis qu’ils me botteraient les fesses s’ils me voyaient faire.

Quelque part, ils sont là, en moi, pour toujours et c’est largement suffisant à mon bonheur quotidien. Je les reconnais dans la glace tous les matins et je suis heureuse de vieillir, car je vais leur ressembler et ils seront encore plus présents.

Pourtant, j’aurais aimé encaisser plus de coups dans la vie si cela avait pu les garder quelques heures de plus, quelques jours ou même années. Les avoir près de moi, les voir me regarder en souriant, fiers et discrets à la fois.

Entre nous, un regard suffisait. Pas de grande effusion, pas de baisers enflammés, pas de « je t’aime », « chéri(e) » ou autre mot doux. Juste un regard, un geste pour remonter une mèche de cheveux, un  sourire en coin quand je faisais une bêtise, défiais l’autorité parentale ou même forçais sur l’impertinence pour voir. C’était surtout une présence de tous les instants.

Je leur dois tout : de l’apprentissage de la lecture, l’écriture, la photographie, l’Histoire, les valeurs chrétiennes, la tolérance, l’imagination, la musique, la vie à la campagne, le goût pour la cuisine, les parties de cartes, les bulles de savons, les crises de fous rire, les westerns de l’après-midi, l’amour, l’amitié, la défiance, la rébellion, la faculté de ne pas me plier aux convenances, etc.

Alors, lorsqu’on me demande de quoi je suis le plus fier dans ma vie, je réponds systématiquement « d’être leur petite-fille ».

Tout simplement parce que tout ce que je fais, écris, photographie ou dis, je le fais pour eux pas pour moi.

Ils sont l’unique raison de mes mots.

L’unique raison et la croyance qu’ils lisent ce bulletin et sourient de concert en disant « elle est bien notre petite ». 

oui, c'est bien moi !


nb : Bel anniversaire à toi Y....  <3