Friday, June 08, 2018

[Cinéma] Chronique cinéma - Final Portrait de Stanley Tucci... Quand un portrait n'est pas forcément achevé !


En 1964, à Paris, Alberto Giacometti, un des plus grands maîtres de l’Art du 20e siècle, convie son ami, critique et marchand d’art américain, James Lord, à poser pour lui afin de réaliser son portrait. James Lord accepte autant flatté qu’intrigué. Prévu pour ne durer que quelques jours, les séances s’allongent au grès du perfectionnisme et de l’exigence de l’artiste. Les rendez-vous tournent alors à la "confrontation" entre les deux amis.

Stanley Tucci, qui réalise là son cinquième film (et premier depuis dix ans), se focalise sur les quelques, longs, jours de pose que James Lord a effectués face à Alberto Giacometti, considéré comme l’un des grands maîtres du 20e siècle. 

The Final Portrait esquisse le portrait d’un artiste exigeant, tourmenté, perfectionniste jusqu’à l’extrême et son amitié étonnante mais touchante avec un des critiques d’art les plus connus mais néanmoins controversé. 
D.R. Bodega Films
 
Giacometti est interprété par un impressionnant Geoffrey Rush qui dépeint la frustration, la profondeur du personnage, comme sa flamboyante fragilité et instabilité, notamment émotionnelle.

Rush est saisissant de ressemblance avec le peintre, trapu et rugueux, et son alter égo, James Lord, élancé et sophistiqué et anguleux est campé par Armie Hammer ; Ces coups d’œil à Diego, frère du peintre, joué par Tony Shalhoub, valent son pesant d’or ! 

Le réalisateur offre aux spectateurs la vision sur l’univers d’un artiste, sur son atelier, les manies, la passion, l’angoisse, le cheminement de création, l’environnement et ses relations artistiques. Il décrit notamment ses relations avec sa femme Annette, qu’il délaisse – formidable Sylvie Testud, ou de sa muse, Caroline, une prostituée, jouée par la délirante Clémence Poésy ; Artiste autour duquel gravite son petit monde, ses personnages liés à l’homme, à l’artiste et à ses tourments.

D.R. Bodega Films
Car Tucci offre ici un portrait sublimé, détaillé (grâce à la Fondation Gioacometti, notamment aux infimes détails du décor, de l’atelier, les croquis, les figures allongées, etc.) de ce créatif torturé qui forme avec son ami, un duo aux antipodes mais se complétant artistiquement. L’impatience patience de Lord est contrebalancée par le fourmillement de Giacometti, jamais satisfait, doutant toujours de ses capacités, explosant de colère. 

Le processus créatif est là le centre du film de Stanley Tucci et son étude du caractère est habitée par la minutie, angoissée mais drôle au demeurant (ses avis tranchés sur Picasso et Chagall !, l’argent planqué dans le studio, la vente de vieilles esquisses à des collectionneurs, etc.), de Rush. 

D.R. Bodega Films

J’ai beaucoup aimé la force de Testud qui donne autant d’adoration à son peintre de mari, y compris lorsqu’elle est avec son amant japonais, et la fraîche mais perdue, semble-t-il, Poésy. 

D.R. Bodega Films
Cependant, j’aurais aimé que soit exploré le côté vaniteux de Lord qui le pousse à se soumettre ainsi à Giacometti jour après jour, mettant alors un peu à mal, sa tendresse évidente et que l’on expose, également, clairement son envie irrépressible de rencontre aux Etats-Unis (son amant) ; Ce film étant tiré de ses mémoires… 

J’ai trouvé, en outre, moins intéressant la partie entre Giacometti et les proxénètes, et certaines lenteurs…
D.R. Bodega Films
Ce portrait semble un brin inachevé mais esthétiquement, c’est un petit bonheur (et je ne parle pas que d’Armie Hammer, cela va de soi !). 

Personnellement, j’aime cette phrase de Giacometti, en tant qu’auteur/artiste : « Plus on travailler sur un tableau et plus il devient impossible de le finir »…


Réalisateur : Stanley Tucci

Distribution : Geoffrey Rush, Armie Hammer, Tony Shalhoub, Sylvie Testud, Clemence Poesy, James Faulkner, Takatsuna Mukai , Philippe Spall, Kerry Shale, etc.

Durée : 90 mn

Sortie : 6 juin 2018