Monday, October 05, 2015

Chronique ciné : Mémoires de Jeunesse - James Kent


Au printemps 1914, l’impétueuse Vera Brittain ne rêve que d’université, d’écriture et d’admission à Oxford, où son frère, son meilleur soutien, va faire son entrée prochainement, malgré l’hostilité de ses parents qui, eux, songent plus à un bon mariage. Son frère, justement, et ses amis dont l’étonnant Richard Leighton, la soutiennent dans ce projet fou, pour l’époque, du fait de sa condition de jeune femme issue de la bourgeoisie anglaise. Vera s’éprend de Richard rapidement et réciproquement. Leur idylle est épique en raison de tout ce qui peut les séparer. Il la comprend, la soutient et ce, malgré, son insolente détermination. Alors qu’elle rejette les conventions maritales pour poursuivre son rêve d’être écrivaine, la Première Guerre Mondiale éclate et entraîne Richard, son frère et leurs amis dans la tourmente des tranchées. Restée à l’arrière, et après la mort d’un d’entre eux, Vera décide alors de devenir infirmière au sein de l’armée et en retrouve certains lors de rares permissions. Pourtant, en se frottant aux réalités de la guerre sur le terrain, elle comprend la folie de cette guerre et perd alors ses repères, ses ancrages et ceux qu’elle aime. 


Ce film relate une histoire vraie, celle de Vera Brittain, véritable pionnière du féminisme anglais dont le livre « Testament of Youth » (mémoires de jeunesse, donc) est étudié à l’école comme une œuvre majeure –qu’elle est. 



James Kent, d’ordinaire plus tourné vers les documentaires ou les séries TV (Inside Men), filme cette jeune femme tout au long de son parcours qui la fait penser, réagir et aimer différemment selon les circonstances en ce début de 20e siècle. 



« Mémoires de Jeunesse » a clairement deux parties quasiment distinctes. 



La première largement dévolue à l’histoire d’amour entre Vera, indépendante, intransigeante et limite insensible aux souffrances des autres, tant elle est focalisée sur sa propre destinée, et Richard Leighton réaliste, solaire, poète et détonnant dans son milieu. 



Leurs premiers regards, échanges, moments à deux ou à plusieurs (le frère de Vera et d’autres amis faisant partie des soutiens de Vera sont toujours à proximité) sont légers comme une plume et naïfs, baignés dans une lumière douce et un peu floue. Une version Belle Epoque de la danse séduisante entre John Keats et sa Fanny filmée si magnifiquement par Jane Campion (Bright Star). L’image est léchée, les paysages somptueux, les répliques et gestes attentionnés mais déterminés. 



Puis, arrive la déclaration de guerre, le départ la fleur au fusil des jeunes gens, les adieux déchirants, le côté insouciant de cette jeunesse bientôt sacrifiée. 



La deuxième partie est plus sombre, plus réaliste, plus percutante. Vera affronte, tout d’abord à l’arrière, le retour pour permission de Richard qui, ayant assisté à plusieurs batailles et souffert des affres de la guerre, n’est plus le même garçon dont elle est tombée amoureuse et ne comprend pas, immédiatement, la noirceur. 



Puis, dues aux circonstances (la mort de Richard, notamment), elle prend la décision de partir au front, en tant qu’infirmière et fait face aux blessures effrayantes autant physiques que morales des soldats des deux camps. Son travail dans un hôpital de campagne lui faisant soigner autant les alliées que les ennemis. 



Vera, à la fois fragile (grâce à l’allure gracile et sensuelle d’Alicia Vikander, véritable astre du film), gracieuse et déterminée, n’hésite pas, avance sur le chemin, voit ses rêves de bonheur et d’amour s’effilocher et fait face à ce jeu de massacre. 



Elle reste droite comme un roc malgré les coups de la vie, ce qui est clairement énoncé dans son journal intime –Chronicle of Youth The War Diary 1913/1917- malheureusement non publié en français –tout comme Testament of Youth d’ailleurs -, puisqu’elle ira finalement à l’Université et deviendra écrivaine et journaliste féministe célèbre. 





James Kent présente donc le destin d’une femme en avance sur son temps, prête à tout pour avoir les mêmes droits que les hommes en matière d’éducation notamment. Vera Brittain est une figure anglaise, connue et reconnue, dont la fille est toujours une des paires du Royaume. 



Pourtant, la volonté du réalisateur de retranscrire la douleur des familles, le rôle des infirmières au front (parfois envoyées soigner des soldats allemands), la perte des êtres chers, la peur, la souffrance des soldats, l’injustice, et les conventions sociales des femmes, perd, quelque fois, à cause de quelques ellipses, la force émotionnelle qui est décrit par Vera Brittain dans ses ouvrages. 



Il est à signaler que tous les acteurs sont justes même si certains, sont malheureusement pas assez utilisés et semblent être de passage (délicats Taron Egerton et Colin Morgan). Alicia Vikander est, donc, lumineuse dans ce rôle et porte ce film sur ses frêles épaules et son regard déterminé. Le solaire Kit Harington donne à Richard Leighton ce côté séduisant et sacrifié que le vrai arborait. 



Pour la petite histoire, Richard Leighton est enterré au cimetière militaire de Louvencourt dans la Somme et on note la présence de violettes sur sa tombe en référence au poème qu’il avait écrit à Vera (Violets from Plug Street Wood). Vera a été incinérée et ses cendres répandues sur le plateau de Asiago en Italie où son frère, Edward a trouvé la mort. 



Ce film dépeint bien, dans sa deuxième partie, la boucherie européenne qu’a été la Première Guerre Mondiale, sacrifiant une génération brillante, pleine de rêves et d’espoir au tournant du 20e siècle. 




Mémoires de Jeunesse 

Réalisateur : James Kent 

Avec Alicia Vikander, Taron Egerton, Colin Morgan, Kit Harington, Emily Watson, Hayley Atwell, Dominic West. 

Sortie : 23 septembre 2015 

2 heures 10





En association avec ParisianShoe Gals






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