Tuesday, January 08, 2019

[Lecture] "Etat de nature" de Jean-Baptiste de Froment... une uchronie politique grinçante mais habile !



 Livre envoyé gracieusement par les Éditions AuxForges de Vulcain.


Le résumé de l’éditeur :

« Grand serviteur de l’Etat, Claude officie discrètement dans l’ombre d’une Présidente vieillissante. Un matin, il décide de se lancer à la conquête du pouvoir. Mais était-il bien judicieux de s’exposer ainsi à la lumière ? Car, au même moment, une révolte populaire, attisée par la jeune et charismatique Barbara, monte dans la Douvre, département oublié de tous, qui devient la vivante image des colères et espérances du pays tout entier. »

Le contexte de lecture :

Encore un résumé transmis par communiqué de presse qui m’a intrigué !


Difficile de refuser un livre écrit par un haut-fonctionnaire tellement les politiques qui se mettent au roman, sont peu nombreux.


Je dois avouer que, malgré  mon aversion pour le pouvoir, j’en aime les arcanes, les enjeux et toute la cuisine interne.


Donc, qu’un normalien, agrégé de philosophie, membre du Conseil d’Etat et élu au Conseil de Paris se mette à la plume romancée, ne pouvait que m’attirer… j’ai grandement bien fait !


En outre, Aux Forges de Vulcain est vraiment une maison dont j’aime les productions et leur politique me plaît énormément !



Le corps du roman : 

Jean-Baptiste de Froment est ce qu’on peut appeler un homme du sérail, normalien, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, élu à la Métropole du Grand Paris, notamment, et membre du Conseil d’Etat (excusez du peu). 


Le voilà dans un costume de romancier pour son premier roman, « État de nature » ; il insère autant de  questions sur la politique, l’amour et y balance une révolte qui monte, contre Paris, des profondeurs du pays... La Douvre bouillonne ! Ouais, la Douvre, c’est un peu…  comment dire ?... C’est dans le fond du fond d’un département français, style la Creuse ou un coin paumé côté du Plateau des Millevaches, zone blanche comprise !


Dès les premières pages, j’ai été happée par ce Claude, homme de l’ombre que ses « amis » veulent exposer pour asseoir son (leur) pouvoir. Ce commandeur d’une Présidente de la République obsolète, recluse, surnommée « la vieille » (charmant), est cynique, habile, incroyablement manipulateur. 


Car tout est une question de pouvoir à ce niveau ; celui qui va avoir un ascendant sur son voisin d’Assemblée, qui va atteindre le fauteuil le plus proche du Premier Ministre, voire de la Présidente ou carrément dans le cabinet noir. 


Oui, Jean-Baptiste de Froment développe une uchronie du système politique français… et là, honnêtement, c’est l’un des principaux atouts de ce roman ! 


En sus, il a placé une femme au pouvoir suprême, une femme ressemblant étrangement, par sa fin de règne, à un croisement entre Mitterrand et Chirac. Il y a des similitudes dans ses personnages et on se reprend (mais est-ce étonnant ?) à vouloir trouver qui est qui ! Pourtant, on le sait, c’est un roman, une fiction et même si l’auteur a dû puiser dans ses expériences, dans les arcanes rencontrées, ce roman est palpitant.


On suit les aventures de ce petit groupe, les bassesses, les retours de bâton, les apartés, les états d’âme (ou sans), les luttes de pouvoir, les parties de poker-menteur, les chaises musicales (ou pas), les activistes, les idéalistes, etc. 

Le style est fluide, alerte et subtil(ment passionnant). 

  

Et, donc, Lisa ?

J’ai adoré ! 


Comment dire ? J’ai reçu ce livre en SP et j’étais déjà conquise par la maison d’édition… et par le résumé.


Jean-Baptiste de Froment a créé une France parallèle avec les mêmes bases mais aux codes, appellations et organisations légèrement réajustés. Tout ceci est proche de la réalité actuelle tout en état impossible à relier.

C’est la force de ce roman, nous plonger dans les arcanes des politiques (et la Politique) sans jamais utiliser la réalité. En changeant les noms, l’auteur a créé une virtualité qui pousse le lecteur à décrocher de ses jugements, certitudes et opinions pour suivre le chemin des personnages ; jusqu’à la Douvre, territoire isolé, ancré dans un autre temps, totalement inventé, qui pourtant, parlera à ceux qui connaissent la France profonde où recevoir un SMS relève d’un exploit (à moins de gravir sur la colline du coin !). 


Ce roman est, pour moi, une uchronie grinçante, remarquablement axée sur le pouvoir.


L’affrontement entre le Commandeur (un équivalent probable du Secrétaire Général de l’Elysée) et d’une jeune femme, Préfet furtif de la Douvre, belle comme un cœur (la comparaison avec Marylin vous situe la bestiole !) qui rêve de grandeur, de destin et l’idéal (difficilement compatible avec le pouvoir, non ?).

Dans une France déclinante, obtus, où les territoires de province sont coupés de Paris, où la technocratie a coupé tous les ponts, l’ancien se mesure par ricochet (coups bas ou pas) à la modernité avec « la Vieille » au milieu du champ de bataille qui, perchée dans son pigeonnier, attend la chute. 

L’auteur, fort habilement, et férocement, sous couvert d’une écriture fluide, agréable et à des réparties bien senties, conte une vie politique française obstruée par les communicants, les élus de province, les courtisans, les obligés, les députés débonnaires, ceux rompus au pouvoir, les désabusés, etc. 

En sus, le roman pose çà et là de références sur la France, son fonctionnement, des privilèges qui sont, théoriquement, abolis mais qui, selon le bon vouloir d’un homme d’Etat, reviennent, sous une autre forme, noyés dans une Loi que le commun des mortels ne lit jamais ! 
 

L’Etat (de nature ou pas) est saisissant, palpitant et, forcément, incroyablement subtil.



Je recommande ce roman et je remercie l’auteur pour ces pages drôles, intenses et qui ouvrent l’esprit et la discussion (ça a bataillé sérieux à la maison !)…


***

Titre État de nature


Parution : 4 janvier 2019

ISBN : 9782373050516

Nombres de pages : 265

Prix (à la sortie) : 18 euros