Wednesday, February 28, 2018

[Cinéma] Chronique cinéma : Call Me By Your Name - Luca Guadagnino... Tous les deux sans personne



Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. 


Présenté au Festival du Film de Sundance en 2017, drame « romantique » comme cela est annoncé, Call Me By Your Name est issu d’un ouvrage d’André Aciman et raconte la relation amoureuse naissante entre un adolescent précoce et un jeune homme dans les années 80, en Italie. Cette romance langoureusement filmée, empreinte de soleil, de frôlements, de musique pop et de sourires charmants, est frappée également par le contexte, les temps non propices et la retenue. 


Le réalisateur, Luca Guadagnino, fait évoluer ses personnages dans une lenteur romantique, confuse, entre embarras et enchantement, entre confiance et perplexité. Car au début, ce duo, entre un universitaire passionnant, désinvolte et charmeur (Hammer) et un jeune étudiant, fils du mentor dudit universitaire, (Chalamet), se cantonne à une sphère fraternelle, spontanée et ludique sous le soleil estival. L’alchimie est évidente et l’intimité s’avance, scène par scène.




Guadagnino ajoute de la sensualité lors de moments gourmands (un œuf, une pêche, etc.) et le spectateur se retrouve piégé dans cette maison et ses abords où les fêtes, la musique, les discussions se succèdent et pendant lesquelles le rapport se crée entre l’adolescent indécis et l’invité. 


Le réalisateur filme, tel Ivory dans « Maurice », une certaine sensualité sophistiquée et poétique, avec un tact qui peut paraître suranné. 


La danse entre Oliver (sublime Armie Hammer, loin de ses habituels rôles trop lissés mais captivants, là incroyablement physique et spirituel) et Elio (Timothée Chalamet, déroutant et dérouté) se prolongent pendant ces longues semaines où personne ne semble vraiment travailler, écraser par le soleil, avec un verre à la main. Car la seule activité est la découverte d’une statue classique trouvée dans un lac. 

 

Le film possède aussi une tendresse avec le rôle du père d’Elio dont le formidable discours est marquant et remarquable. Cette supplication de ne pas oublier une douleur est touchante et cela soupirait fortement dans la salle obscure (Dieu bénisse les longues distributions et autres remerciements !). 


Pourtant, il y a des moments un peu hors-tempo, si je peux m’exprimer ainsi. Certains passages, certains points sur une histoire récente, sur les valeurs, la politique, la culture ou tout simplement l’identité d’une personne (Elio comme Oliver sont juifs), gomment de temps à autre ce rêve d’été, ce moment d’interrogation et de compréhension entre deux êtres qui se trouvent, par hasard, sur la même longueur d’onde sans imaginer un instant que ces moments compteront plus que d’autres. 



Le casting sied à cette famille cosmopolite qui l’alterne les langues aussi facilement que les thèmes universitaires. Michael Stuhlbarg interprète un père émouvant, et Amira Casar est parfaite. Quant à Armie Hammer et Timothée Chalamet, les deux acteurs incarnent une palette complète de sensualité vibrante et de questionnements. 


Hammer aurait été parfait dans « Plein Soleil » ou son remake américain « Le Talentueux Mister Ripley », que ce soit pour Tom ou Dickie… Chalamet est envoûtant, pour preuve sa nomination aux Oscars.


« Call Me By Your Name » vous renvoie, quelle que soit votre inclinaison amoureuse, à votre première histoire d’amour, celle dont on se souvient toujours et dont on ne guérit jamais totalement (et tant mieux, il ne faut pas gommer les belles choses) ; Celle aussi délicieuse que cruelle, qui marque au feutre indélébile un repli du cœur, que personne ne peut voir, ou lire, même un nouvel amour. 



Nul doute, cependant, qu’en ces temps suspicieux, d’aucuns auront des critiques et des reproches à faire, mais la valse dansée, là, est comme un week-end à Rome, tous les deux sans personne*… éternel.



Acteurs : Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel, etc.

Réalisateur : Luca Guadagnino

Durée : 130 mn

Sortie : 27 février 2018








* Merci à Etienne Daho 😉