Wednesday, November 16, 2016

[Cinéma] Chronique ciné : Moi, Daniel Blake - Ken Loach


Newcastle, Royaume – Uni. A 59 ans, Daniel Blake, veuf, est victime d’une attaque cardiaque. Il décide de faire les démarches pour être reconnu comme invalide. Alors qu’il tente de faire appel du premier refus essuyé, l’administration le somme de chercher un nouveau travail, contre l’avis du médecin qui l’estime « incapable de travailler ». Lors de ses pérégrinations, il croise Katie, maman de deux enfants en bas âge, qui est engluée dans une situation précaire. Elle a été contrainte de quitter Londres et ses loyers exorbitants et, subsiste grâce à la banque alimentaire. Daniel et Katie s’entraident tant bien que mal.

Présenté au festival de Cannes en mai dernier, ayant été récompensé de la Palme d’Or, malgré quelques critiques, « Moi, Daniel Blake » signe le retour de Ken Loach avec son univers social et ses charges contre le pouvoir établi et les situations absurdes. 


Ce drame social est dans la lignée des films précédents de Loach tels que « Riff Raff », « Raining Stones », « Land and Freedom », « My Name is Joe » ou bien « Ladybird ». Dix ans après sa palme pour le sublime « Le Vent se Lève », Loach récupère encore l’or pour ce nouveau coup de gueule d’un indigné permanent.

En effet, Daniel Blake, qui pourrait être le double de Ken Loach, est charpentier, veuf, avec un cœur usé qui l’empêche de travailler. Pourtant l’administration à demi-privatisée lui demande, sous peine de retrait de toute indemnité, de prouver sa recherche d’emploi et de justifier d’un travail. Sans tenir compte de l’avis contraire de son médecin. 


Dans ce parcours du combattant, il croise Katie, jeune mère célibataire, avec deux enfants en bas âge, qui a été sanctionnée dès son premier rendez-vous au « job center » et qui a été contrainte de déménager de Londres pour rallier Newcastle et ses loyers plus abordables. Elle survit grâce à la banque alimentaire et leur rencontre les pousse à s’entraider et à essayer de lutter contre les galères qui arrivent par vague. 

Ken Loach dénonce, encore et toujours, le manque d’humanité de la société actuelle, les méandres d’une administration absurde et inhumaine, et l’impassibilité de la communauté. 

Fidèle à ses valeurs, Ken Loach filme des petits détails qui évoquent tout : les difficultés face à l’Internet, l’administration calculant une attente afin de décourager les ayants-droits, le secours populaire et son humiliation, le manque de dignité de certains personnages au sein du système, etc. Il montre le portrait d’un homme qui se débat, pris au piège, entre sa volonté et sa croyance en la bienveillance du système et la lassitude face aux « miettes » que l’on lui accorde. 

Il filme toujours avec pudeur (la scène de distribution des vivres) mais avec humour (glacé), et une tendresse évidente envers ses personnages. 


Daniel Blake est un homme usé, perdu face à l’avancée informatique mais qui reste digne, avec un flegme britannique et une volonté de s’en sortir. Il met sa bonté, son humour et son énergie dans la bataille et tout cela le rend attachant et humain. Réellement humain, profondément. Le lien qu’il tisse avec Katie est délicat mais empli de solidarité et de fraternité. 

En cela, Ken Loach n’a rien perdu de son envie de faire des piqûres de rappel et de pointer que tout ceci est une question de vie ou de mort, de faim, de misère, d’humiliation et de dignité.

Quelles que soient les situations, les personnages imaginés par Ken Loach, et son fidèle scénariste Paul Laverty, restent dignes et humains, fidèles à leurs valeurs et à leurs convictions.

En cela, la prestation de Dave Johns est à signaler, lui qui incarne ce bonhomme et bouleversant Daniel Blake à la perfection. 

 
Cet homme qui n’est pas assez malade pour avoir une pension d’invalidité mais trop malade pour travailler ; Situation kafkaïenne par excellence. 

Alors, bien sûr, certains peuvent arguer que Ken Loach reste dans son habituel combat « la classe ouvrière contre le reste du monde », qu’il a fait un film manichéen, démagogique et sentimentaliste, « plein de pathos », mais ce film n’est pas sans rappeler le contexte du film français « La Loi du Marché ». Une autre histoire, une autre vision, une autre façon de filmer, mais le même constat.

Bien sûr, les détracteurs diront que les chômeurs chez Loach sont toujours « gentils, solidaires » et que les méchants sont « méchants, méchants, méchants ». Pourtant, pour ceux qui ont connu les méandres de l’administration, face à l’absence d’un papier, d’un sourire ou d’une impossibilité d’obtenir une voix humaine par téléphone (« tapez 12, *, #, 24, au revoir ») ne pourront que comprendre et apprécier ce film. 

Ce film est simplement la dénonciation du système anglais (et mondial) qui argue le cynisme et la productivité face à la détresse des « gens » et il fait autant de bien qu’il nous désespère. 

Il est à préciser que Ken Loach a évoqué sa retraite (il a fêté ses 80 ans en juin dernier) et semble vouloir tirer sa référence avec le poing levé, sa fierté, sa fidélité à ses idéaux, son envie de lutter contre l’absurdité et sa protestation, en guise d’adieux.

J’aime à penser qu’il va revenir, encore, longtemps et qu’il gardera cet esprit qui fait réfléchir les spectateurs, qui les bousculent, les fait pleurer, les fait rire, les fait vivre, tout simplement.

Parce que Ken Loach est mon héros... Merci, Monsieur Loach, pour vos films et tout le reste !


Moi Daniel Blake

Réalisateur : Ken Loach

Auteurs : Dave Johns, Hayley Squires, Natalie Ann Jamieson, Micky Mc Gregor, Colin Coombs, Bryn Jones, Dylan McKiernan, etc.

Durée : 1h39

Sortie : 26 octobre 2016


 

 
En association avec

http://www.parisladouce.com/
 

4 comments:

  1. Ta critique est si juste ! Un film puissant, poignant et réaliste. Et comme toi, je réponds de la même manière en ce qui concerne son manichéisme, comme si c'était automatiquement un gros mot...

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    Replies
    1. Merci :) Il faut dire que, désormais, c'est l'avis général du "peuple" qui compte... Mais, comme on dit chez moi (maxime familiale depuis x générations) "Mieux vaut mourir avec ses idées qu'avec les idées des autres"... Et puis, j'aime la vision de Ken Loach sur le Monde...

      Je dis toujours que son film "Ae Fond Kiss" devrait être diffusé dans les écoles...

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    2. En fait tous les Loach devraient être diffusés dans les bahuts ! :D

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