Friday, July 22, 2016

[Cinéma] Chronique Ciné : Colonia - Florian Gallenberger




En 1973, au Chili, le Général Pinochet s’empare du pouvoir par la force. Les opposants au coup d’Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple : Daniel, photographe, et son amie Lena, hôtesse de l’air. Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte dirigée par un ancien nazi. Une prison dont personne n’est jamais sortie. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad et se fondre dans le décor pour assouvir son plan de sauvetage. 

Le potentiel de Colonia est indéniable pourtant, dès le début, les images léchées des retrouvailles entre Lena, hôtesse de l’air chez Lufthansa, et Daniel, étudiant, photographe et sympathisant révolutionnaire et ce côté amour 70’s, sex, drugs, rock ‘n roll et fleurs dans les fleurs, pourraient induire une énième love-story sur fond de guerre civile ou de révolution. Le couple formé par la délicate, libérée et volontaire Lena et l’éternel étudiant révolté Daniel est rayonnant et attendrissant, même si cela peut paraître un peu trop « guimauve ». 


Très vite, les retrouvailles, émaillées des « venceremos » des sympathisants du régime du Président Allende, se heurtent au coup d’état et la violence des arrestations. Lena et Daniel, qui défilaient aux côtés des sympathisants, se retrouvent face à l’armée, sont arrêtés et emmenés dans ce stade, tristement célèbre désormais. L’ambiance devient lourde, oppressante et la peur saisit les rangs. Dénoncé, Daniel, est enlevé brutalement et jeté dans une voiture. 


Lena va alors, dans un premier temps, demander de l’aide du côté des « amis » de Daniel, qui évoquent alors qu’un individu seul n’existe pas, seul le collectif doit être privilégié. Elle parvient néanmoins à savoir où il se trouve et décide de ne pas assurer le vol retour  afin de retrouver celui qu’elle aime. 

Elle arrive donc à la Colonia Dignidad et le film prend alors une autre tournure.

C’est là que réside le paradoxe de ce film (à la sauce hollywoodienne - peu de chiliens, un accent peu sud-américain, etc. -)

Le sujet de base (la Colonia Dignidad, donc) est fort et possède tellement d’obscurité, de possibilités de scènes et d’horreurs que l’on est même déçu de ne voir la caméra ne s’intéresser qu’à Emma Watson et Daniel Brühl et à leurs personnages pris dans les affres d’un gourou terrifiant. 

Dans ce rôle, Michael Nyqvist est formidablement effrayant et glaçant. Les images des jeunes garçons sortant de son bureau, avec ce regard perdu, effaré mais soumis, est d’une force assez impressionnante. A partir de ce moment-là, se déroule l’univers de concentration de cette colonie où les hommes et les femmes sont séparés, où les enfants sont abusés et abîmés, où les dénonciations, humiliations publiques et autres châtiments peuvent atteindre tout un chacun, ce qui entrainent la peur permanente. 


Pourtant, et malgré ce fonds intéressant, si on peut s’exprimer ainsi, la caméra se focalise sur Lena, comme en témoigne de nombreuses affiches, et non sur le thème qui fait le titre du film : Colonia (Dignidad). Il faut dire que, justement, on s’attend à ce que le scénario puise plus profondément dans la colonie, car, pour l’histoire d’amour, malgré les obstacles, on se doute bien que Lena va sortir son homme de ce bourbier. 

Le potentiel de dénonciation et d’explication de cette secte (employons les mots qu’il faut !) est un brin sous-estimé. Dommage pour le spectateur.

Néanmoins, le film est intéressant, poignant à certains endroits et captivant. L’oppression que l’on éprouve lors des scènes de pénitence, de « dialogue » avec Schäfer et dans le cadre gris et aseptisé au milieu de cet environnement verdoyant, est à la hauteur de l’abominable emprise d’un homme sur une communauté. 
   


Côté acteurs, Emma Watson est élégante (même avec un sac sur le dos), volontaire et sensible. Elle est quasi-parfaite avec cet air farouche qui tient tête à tous, y compris à la kapo de service. Daniel Brühl est, comme à son habitude, excellent dans son rôle ; Surtout dans les scènes au milieu de ses compagnons de colonie et dans ce personnage qu’il s’est forgé pour survivre. Il est impressionnant.
Les seconds rôles sont tous au niveau des têtes d’affiche, même si, à mon humble avis, ils ne sont pas utilisés autant qu’ils auraient pu l’être…

En définitive, le film atteint son but : mettre en lumière un fait historique, un contexte, des alliances internationales, des pressions, de la révolte, de la résistance, de l’horreur, de l’humanité et l’amour…. 

Bref, tout ce qui fait de l’être humain, une création aussi fascinante qu’inquiétante.

 
Pour l’histoire, il faut souligner que la Colonia Dignidad a été fondée par des ex-nazis, notamment Paul Schäfer Scheider en 1961 à plus de trois cents kilomètres de la capitale chilienne. Elle possédait une école, un hôpital, un cimetière et un aérodrome. Clôturée par des hautes grilles et ultra-surveillée par des gardes armés, cette colonie fut, sous la dictature de Pinochet, transformée en camp de torture et de concentration ; En 1991, à la chute du régime, elle se nommera la Villa Baviera. 

Paul Schäfer, en cavale jusqu’en 2005, avait été accusé d’abus sexuel sur mineurs, détention forcée de personnes, évasion fiscale, fabrication illicite d’armes et munitions et condamné à vingt ans de prison. Il est mort quatre ans plus tard suite à des problèmes cardiaques. 

La dictature de Pinochet a fait, d’après les informations officielles, plus de trois mille deux cents morts et trente-sept mille torturés. 


 

Réalisateur : Florian Gallenberger

Acteurs : Emma Watson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist, Richenda Carey, Vicky Krieps, Julian Ovenden, August Zirner, Stefan Merki

Durée : 1h50

Sortie : 20 juillet 2016 (déjà sorti dans d’autres pays en 2015)




crédits photos : Majestic-20th Century Fox /Xposurephotos / Daily mail
En association avec :

www.parisladouce.fr

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