Friday, December 21, 2012

Une faille dans mon cerveau....

"Quoi de plus terrible que quelqu'un qui ne se gâche jamais la vie ? Etre humain, c'est avoir des failles. Imaginer que l'on puisse vivre dans une harmonie absolue est effrayant, car cela rejoint cet idéal de perfection qu'il est vain de convoiter" Jean-Claude LIAUDET - La Névrose Française -Ed. Odile Jacob

Lorsque j’ai lu cette phrase dans « La Névrose Française » de Jean-Claude LIAUDET (un « confrère » de la Société des Gens de Lettres… oui, oui… on fait partie de la même société…), j’ai été frappée par la résonnance qu’elle avait en moi.
J’ai toujours su qu’il y avait des failles dans la (ma) cuirasse (carapace marche aussi) et j’ai lutté longtemps pour les enfouir le plus profondément possible et, éviter, de me retrouver nue et crue à la merci du monde.
Lorsque j’ai découvert la première faille, j’avais dix ans et je me suis dit que j’allais droit dans le mur pour les deux cents prochaines années (oui, à dix ans, on pense mourir extrêmement vieux !). Néanmoins, j’ai rapidement réalisé que je ne pourrais jamais colmater toutes les voies d’eaux et j’ai donc ramé à contre-courant pour éviter le naufrage total.
Longtemps, je me suis sabordée volontairement. Je sentais les failles et je n’arrivais pas à souquer plus long pour maintenir le navire à flot.
Puis, un jour, j’ai compris. Cela ne servait à rien de lutter contre moi-même, mis à part de continuer à creuser le gouffre.
Je me souviens exactement du moment où j’ai compris cela. J’avais quinze ans, toutes mes dents et largement de quoi m’allonger sur un divan pour les quatre-vingt prochaines années (oui, j’avais réévalué la longueur de ma vie). C’était lors d'un mariage où je m’ennuyais fermement depuis le matin. J’avais l’impression d’assister à un enterrement de première classe. La mariée pleurait, le marié faisait la gueule, les familles ne s’adressaient pas la parole et mon cavalier de l’époque s’échinait à calmer les tensions. Témoin du marié, il m’avait prévenue : « Cela va être grand guignolesque ! ».
Comme Guignol, ce ne fut pas vraiment drôle, mais en mon for intérieur, j’ai trouvé la voie (pas d’eau). Un détail dans le discours du témoin de la mariée a fait bouger mes petits neurones et j’ai accepté les failles.
J’ai pensé que ma vie n’aurait aucun intérêt si je ne me trompais pas, si je restais dans la ligne droite et si je faisais exactement ce que l’on me demandait de faire depuis l’enfance.
Heureusement, de part mon éducation et mes grands-parents chéris, j’ai acquis une vision du sens du devoir ferme et catégorique, tout en ayant ce côté bohème qui confine au génie dans la famille.
Ma faille vient de mes émotions et mes ressentis et le fait que j’accorde de plus en plus de crédit à mon détecteur interne (lui aussi, il faudra un jour que je trouve le bouton Off).
« Cette sensibilité la tuera » m’avait asséné gentiment (rétrospectivement, je n’en suis plus trop sûre !) une vieille tante à la lecture d’un poème.
Il est avéré que la réceptivité et le côté « à fleur de peau » n’aident pas vraiment dans mon cas, au contraire, cela augmente mon trouble et fait s’agiter les petites cellules du cerveau qui devaient être au repos la plupart du temps.
Voilà où le bât blesse : le cerveau. Ce joli petit truc, assez bien fait dans mon cas, ne s’arrête jamais et me pousse à toujours vouloir comprendre et analyser. Rien de spontané ne sort de mon esprit.
« De la discipline » me répétait un vieux cousin ; « Il faut de la discipline et du contrôle » martelait-il.
Pour la discipline, on va dire que je n’ai pas intégré toutes les données (je suis, un peu, indisciplinée quelque fois) ; Pour le contrôle, je pense que j’ai dû avaler la notice à la naissance.
Il faut dire que la tradition familiale (et par là, donc, l’éducation) ne prône pas les effusions et encore moins les déclarations d’amour enflammées.
En sus, si vous ressentez les émotions des autres (très rarement), cela est suffisamment déstabilisant pour rouvrir une faille obstruée à grand peine.
Cependant, je suis fondamentalement d’accord avec cette phrase de LIAUDET, je pense que nous devons nous gâcher la vie pour mieux apprécier le reste. La perfection n’existe pas sinon, il y aurait eu des candidats familiaux au podium !
Heureusement, pour moi, je ne suis pas parfaite, j’apprécie mes failles, je sais gérer mes émotions et je contrôle plus ou moins bien (cela dépend des moments) certains sentiments pour ne pas risquer d’être exemplaire et, en cela, je me gâche la vie trop souvent.
Du coup, étant humaine, je me suis donc sur la bonne voie (sans eau, merci, uniquement un glaçon et trois doigts de Cognac. Oui, merci 30 ans d’âge, ça ira !).